La beauté de corps nus photographiés comme un écho aux conflits qui se sont joués en d’autres temps. Des corps, leur beauté et leur fragilité. Ici on découvre au-delà du nu artistique ce qui se joue derrière la nature humaine. Tout ce qui marque son empreinte sur elle mais ne se voit pas toujours. Ces traumatismes qui nous font et défont, nous forgent aussi parfois, nous font vivre encore plus intensément.

Comme un écho aux commémorations de la Grande Guerre ou des attentats, le travail de Julien Sunyé dérange car il montre que le temps a peu de prise sur les stigmates des guerres (conflits ou guerres intérieures) qui malgré nous persistent. Il faut apprendre à vivre avec en conscience ou parfois, parce qu’il n’y a pas d’autres choix de survie, dans le déni…

 “Chaque année, nous célébrons la paix, mais en réalité nous sommes toujours en guerre” rappelle Julien Sunyé.

A travers 24 destinations européennes (en Espagne, France, Allemagne, Italie, Pays- Bas, Belgique), en 54 prises de vues, le photographe évoque les traumatismes des conflits traversés, ceux que l’on pense avoir oubliés ou ceux que l’on ignore par déni.

En une cinquantaine de photographies réunies dans une série intitulée Black Holes, l’artiste franco-néerlandais montre également la violence des conflits intérieurs, comme ceux qui ont opposé ou opposent encore les hommes aujourd’hui dans le monde: « Les émotions qui nous traversent, trouvent souvent leurs origines dans l’enfance. Il faut du temps, de l’attention et un vrai travail sur soi pour les comprendre et les analyser. Mais la vie moderne laisse hélas peu de place à cette quête intérieure.

Finalement, montrer ses douleurs, c’est apprendre à les surmonter, à faire la paix avec ce que l’on a vécu et créer un futur harmonieux pour soi-même et les autres”.

Une série qui évoque des thèmes historiques universels comme personnel

Julien Sunyé a été sauvé par la photographie, lui qui travaillait dans la finance avant de sombrer en 2013 dans une profonde dépression dont les causes semblaient inexpliquées. Il ne peut alors plus travailler, ni exprimer ses émotions, ni même continuer à vivre. Cherchant à s’en sortir, Julien Sunyé s’intéresse aux différentes formes de traumatismes.

Il apprend que le traumatisme de la petite enfance est profondément ancré dans le subconscient et peut définir le présent. La personne devient alors prisonnière de son passé.

Au cours de l’été 2016, le photographe décide de se rendre sur les champs de bataille de Verdun. Il est alors frappé par l’idée que le passé peut enfermer un individu mais également tout un peuple. Apaisé par le travail photographique qu’il mène ainsi dans plusieurs pays en Europe sur des sites “sensibles ou historiques”, Julien Sunyé sent qu’il est au bon endroit pour mener sa réflexion.

Chaque nouvelle séance photographique l’aide à surmonter un peu plus sa dépression jusqu’à parvenir à s’en sortir enfin en septembre 2018.

Né à Amsterdam en 1982, Julien Sunyé commence la photo de rue à Paris. Ce Franco-néerlandais (français par son père et néerlandais par sa mère) trouve ses inspirations aussi bien dans le travail d’Henri Cartier Bresson que chez les peintres hollandais des 16 et 17e siècle, mêlant l’humanisme du photographe français et l’intimité des peintres néerlandais.